• El sueño del caballero o La vida es sueño,
    "Le rêve du cavalier" ou "La vie est un rêve"
    Antonio de Pereda  (1611 - 1678) peintre espagnol du siècle d'or.

    *****

    Le cavalier vaincu par le sommeil s'endort
    Dans un fauteuil, sa main calant sa lourde tête.
    Un ange aux cheveux blonds d'élégante fillette
    Lui montre un phylactère élucidant la mort.

    La mort qui vient piquer puis prestement s'envole
    Après avoir sorti l'âme de sa prison
    Laissant le corps au trou recouvert de gazon.
    -Mots en latin valant mieux que toute parole.-

    Sur la table, un amas d'objets : argent, bijoux,
    Pistolet, chapetet, livre,bougeoir, horloge...
    Ah! le temps! Ah! Il sait remplir le nécrologe.
    Ô mortel, rien ne sert d'empiler ces joujoux.

    Oui, derrière ton dos, resteront tes richesses
    Tu partiras sans rien car sans rien tu naquis.
    Tes os s'effriteront, sois-tu baron, marquis
    Ou roi..Ni beaux palais, ni banquets, ni maîtresses!

    L'ange s'en va, le chevalier ouvre les yeux.
    Il répète: occidit ! Vie, ô mélancolie !
    Un tas de vanités, de chimères, folie !
    On finit, dépouillé,  dans un caveau crayeux.

    Les insignes d'honneur, titres éminents, gloire,
    Simples décors et mots que s'en vient balayer,
    Un jour, le fossoyeur, lui qui sait déblayer
    La terre où le bien-être est un nom illusoire.

    Sur le phylactère, on peut lire :
    "Aeterne pungit cito volat et occidit"
    il pique éternellement, il s'envole prestement, il tue.


    Mohammed ZEÏD


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  • par Anne-Louis Girodet (1767-1824)




    Le malheureux Chactas, endeuillé, se tourmente:
    Inhumer son aimée est un pas vers la mort,
    Il serre les genoux d'Atala très très fort,
    S'épuise pour garder, sur terre, son amante.

    La fille du grand chef qui l'avait soutiré
    Au bucher lors d'un soir en dénouant ses cordes.
    De la tribu vivant, barbarement, en hordes,
    Il ne pouvait s'enfuir. Il était séquestré.

    Elle était convertie, il restait idolâtre
    Mais l'amour lui dictait de le sauver des rets.
    Il n'avait point le droit de vivre en ces forêts.
    Ses ennemis, guerriers brutaux, voulaient l'abattre

    Le brasier, pensait-il, eut été plus clément
    Que ce cruel départ de la rose adorée
    Dont l'âme, sous ses yeux, s'était évaporée,
    Un poison mettant fin à son beau sentiment.

    Le père Aubry, muet, voyait, à la lumière
    Provenant en faisceau, la noble vénusté
    De la morte, l'honneur en son front incrusté
    Tel un saphir luisant de couronne princière.

    Le drap blanc, son linceul, signe de sa vertu.
    À la fraîcheur du teint de ses doigts, de ses lèvres,
    On dirait une nymphe ayant éclos à Sèvres
    Des mains d'un modeleur de bel art revêtu.

    La grotte ayant le soin de recevoir en elle
    Ce corps si pur, si beau, s'ouvre sur un relief
    Dont la vierge faisait son alcôve et sa nef.
    Anne-Louis et François l'ont élue immortelle.

    Le peintre et l'écrivain, artistes éminents,
    Nous ont laissé ce legs de sublime importance
    Dont plumes et pinceaux font toujours la pitance
    Rassasiant leurs goûts par ses mets fascinants.




    lire



    Atala de Chateaubriand

    Anne-Louis Girodet , ou Anne-Louis Girodet-Trioson, né à Montargis le 29 janvier 1767 et mort à Paris le 9 décembre 1824 (à 57 ans), est un peintre et graveur français.

    François-René, vicomte de Chateaubriand, né à Saint-Malo le 4 septembre 1768 et mort à Paris le 4 juillet 1848, est un écrivain et homme politique français. Il est considéré comme l'un des précurseurs du romantisme français et l'un des grands noms de la littérature française.

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    Mohammed ZEÏD





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  • La vache blanche


    Peinture de Julien Dupré  (1851 - 1910)

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    Cette vache blanchâtre à la maigreur palpable,
    A les pis généreux : le seau plein, s'il vous plait!
    Elle se fait, docilement, traire. À l'étable,
    Son veau doit espérer, muet, sa part de lait.

    La fille, lestement, sous les yeux de sa mère,
    A l'air de caresser la mamelle d'où sort,
    En filet chaud, le jus inondant la palmaire
    Peau de son doigt fluet tendu tel un ressort.

    Mais voyez l'animal, les oreilles dressées,
    Le regard si lointain mais tout plein de douceur,
    Le chignon assez haut, les épaules baissées
    Le pelage marqué de taches de noirceur...

    Son licol en cuir noir d'où pendille sa cloche
    Confèrant à son cou le vif, grand, bel attrait
    D'une médaille en or qu'une vedette accroche
    En haut de son veston pour se faire un portrait.

    Ô Dupré, le réel que tu sus, à merveille,
    Rendre n'aurait trouvé, jadis, meilleur pinceau
    Que le tien. De nos jours, nul peintre ne réveille
    Ce bel Art inhumé très loin de son berceau.


    Mohammed ZEÏD


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  • Peinture de Julien Dupré  (1851 - 1910)



    Les blés sont déjà mûrs. Leur bel or à la houle
    De vagues blondes s'offre aux robustes faucheurs
    Qui, dès le chant du coq, faisant fi de la boule
    De fleu voguant là-haut, ne sont guère tricheurs.

    On coupe sans relâche,on sue, on met en gerbes,
    On se démène car, bien avant le coucher,
    Le ciel se fait rageur, menaçant. Les imberbes,
    Les filles, les poilus, tous vont se dépêcher.

    L'orage est imminent ! On le perçoit répandre
    Son ombre sur le champ à moitié moissonné.
    On se hâte. La nue est en passe d'étendre
    Ses flots sur le froment. Le pain n'est pas donné !

    Il faut travailler dur pour obtenir la miche !
    On doit mettre à l'abri les épis nourriciers.
    Sur la tête, le dos, les bras, nul ne pleurniche,
    C'est la vie! On n'a pas le repos des huissiers.

    Le moindre grain est ramassé. Pas de gâchage
    En prenant le chemin ! Tout est bon pour le four.
    Le soir, on est rompu mais on pense au battage.
    Tous se frottent les mains, du fermier au pastour.

    Pleins seront les greniers, la vaste bergerie
    Le poulailler, l'étable ainsi que les hangars...
    Pas de faim ! En hiver, vive la soûlerie !
    On vivra tels des rois, jouissant en leurs ksars.

    Ô Dupré, la magie a choisi ta palette
    Pour montrer à nos yeux ses tours sempiternels.
    Hommage à toi qui sus, à la bonne simplette,
    Subjuguer les regards par des traits solennels.



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  • Bergère gardant son troupeau.

    bergère
    Peinture de Julien Dupré  (1851 - 1910)

      

        Tiens ! un bout de dryade au pied d'un arbre
    Assez feuillu, faisant paître un troupeau
    Sur un pâtis couvert d'un ciel de marbre !
    On dirait qu'elle entend le gai pipeau
    Du pastour amoureux hantant son âme
    Et son cœur que, toujours, ce chant enflamme.

    Son chien soûlé par le parfum du foin
    Encore humide a fourré son oreille
    Aux creux de son genou. Son air chafouin
    Ferait penser qu'i est las, qu'il sommeille
    Il n'en est rien ; fidèle compagnon
    Qu'il est, jamais il n'a de ton grognon.

    Tout est serein. Une brebis s'approche
    Et fixe du museau le col ambré
    De l'égérie, un dolmen de Santoche
    Que les ans saccageurs ont démembré.
    Elle ne bouge pas une paupière.
    On la croirait une statue en pierre.

    Maître Dupré, d'où sors-tu ce joyau ?
    Est-il réel ? Est-ce le fruit d'un rêve
    Dont tu n'as maintenu que le noyau ?
    Ah! si j'avais été ton humble élève,
    Nuit et jour embaumant ton atelier,
    Buvant ton Art comme un fou templier.


    Mohammed ZEÏD


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