• L'attente



    Hilaire Germain Edgar de Gas, dit Edgar Degas (1834-1917)



    Si court soit-il, le temps de l'attente est toujours
    Un coup dur pour les nerfs. Sa lenteur agaçante
    Rappelle une tortue à l'ombre claudicante
    Sur des tas de cailloux jonchant dunes et gours.

    Voyez la dame en deuil qui pique le parterre
    Du bout de son pébroc, le chapeau sur les yeux
    Et les doigts tout crispés ! Trouve-t-elle joyeux
    Le tic-tac d'un cartel refusant de se taire ?

    Et la danseuse en pleurs se tenant le peton,
    Ne lui semble-t-il pas que le trot des aiguilles,
    Par sa lourdeur, est tel un pas mou de chenilles
    Dans un pré nébuleux où dort le hanneton ?

    La seconde parait plus longue que deux lustres
    Au fond d'un noir cachot perdu dans un désert
    Que le vent rugissant, seul compagnon disert,
    Quitte sans s'attarder pour les cités lacustres.




    Mohammed Zeïd
    Flormed


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  • Le semeur



    Jean-François Millet,
    artiste-peintre réaliste, pastelliste, graveur et dessinateur français
    (1814 - 1875)



    Peindre les paysans, c'est vivre sous le charme
    De la campagne qui, docilement,
    Se laisse labourer, loin, très loin du vacarme
    De la ville où tout se fait bruyamment ;

    C'est respirer les doux relents des emblavures
    Où le bon grain, se mêlant aux engrais,
    Trouve un lit chaud dans les sillons et gélivures
    Pour y germer, fi donc des bas degrés !

    Admirez ce jeunot répandant la semence
    D'un geste mesuré. Ni froid ni vent
    Ne peuvent arrêter son pas à la cadence
    Parfaite, toujours allant de l'avant.

    Quand il verra verdir la gluante et glissante
    Glèbe que, fièrement, de ses sabots,
    Il foule en l'écrasant, de sa voix fracassante,
    Il pensera, sans nul doute, aux poulbots.»

    Lorsque les épis d'or, plieront leur chevelure
    Sous le soleil ardent, il vous dira
    -«La terre offre du pain à tous, et sans exclure
    Aucun, pas besoin d'abracadabra !

    Vos petits fours, vos gâteaux et vos pâtes
    C'est mon effort, mon souffle, ma sueur
    Vous qui puez l'orgueil de la tignasse aux pattes,
    Je vous nourris ; respectez mon labeur !»



    Mohammed Zeïd
    Flormed


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  • Vieille femme endormie



    Nicolas Maes (1632-1693)

    Le poids des ans, guère et point, n'a de prise
    Sur l'esprit qui, des mots, fait son bon vin.
    Contemplez ces cheveux que l'âge grise
    Et ces yeux clos sans relaxant nervin !

    Voyez ces mains que le temps a marbrées
    Et ce front clair ayant gardé son teint
    Brillant dessous les rayures cendrées,
    Œuvre des jours qu'approuve le destin !

    Un bougeoir mort, une cruche, un vieux livre
    Poudreux gisant sur les genoux, des clés,
    Le tout sur fond de nuit... L'âme se livre
    Au rêve si doux, loin des murs bouclés.

    Mais d'où provient cette froide lumière
    Que mal reçoit la Bible aux sombres traits,
    Surplombant le carreau de dentellière
    Dont les fuseaux ont perdu leurs attraits ?

    Dormir ainsi, comme dans une geôle,
    Après avoir connu de beaux printemps,
    Est-ce déjà la fin qui vient, l'épaule,
    Libérer des lourds faix déshydratants ?





    Mohammed Zeïd
    Flormed


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  • Jeune fille lisant une lettre à la bougie

    Fille lisant une lettre à la bougie



    Jean-Baptiste Santerre, peintre classique français, (1658 -1717).  


    Mais que lis-tu, beauté ? La bougie a pâli
    De honte en te voyant luire telle une rose
    Au soleil par un jour qui sonne l'hallali
    De la nuit s'enfuyant dos à l'horizon rose.

    Est-ce un pli parfumé venu, de ton amant
    Lointain, faire frémir, de volupté, ton âme
    Espérant le retour de l'être au ris charmant
    Qui sait griser ton cœur du céleste dictame ?

    La grâce de tes yeux se refermant afin
    De laisser ton esprit savourer l'épistole
    Ferait songer un saint, serait-il séraphin,
    À rompre avec la foi, source de son pactole.

    Pour le miel de ta lèvre ; un fakir, si dévot
    Soit-il, délaisserait son prêche et sa prière.
    Il en prendrait comme élixir, goût de pavot,
    Buvant, soir et matin, à ta fraîche rivière.

    Un prince t'offrirait son palace et son or
    Pour effleurer du bout du nez la velouteuse
    Et tendre chair du cache-clé, ton beau trésor
    Que n'escamote point ta douillette soyeuse.

    Mais dis, ô vénusté ; cette missive, en vers,
    Est-elle pour te faire ainsi flamber de joie
    À dévoyer un ange et le rendre pervers ?
    Je me tais, mon calam, d'humilité, rougeoie !



    Mohammed Zeïd
    Flormed


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  •  Chemin à travers les coquelicots


     


     Artiste : Claude Monet (1840 - 1926)

    Sous un beau ciel mi-clair mi nuageux,
    Le bourg, sur le versant de la montagne,
    Respire l'air si pur dont les frais jeux
    D'ombres feraient rêver une sultane.

    Le sang fumant dont les coquelicots
    Parsèment richement l'ample verdure
    Offre au regard de beaux tas de fricots
    Qu'il dévore, aimant que le goût perdure.

    Ô Sieur Monet, avais-tu demeuré
    En cet éden où ce n'est là que songe
    D'un soir ?  Ton bel art, ayant effleuré
    La toile, fit le temps jeter l'éponge.

    Ce tableau restera l'un des meilleurs,
    Et le plus cher, à mes yeux de profane
    Par sa beauté, par ces traits éveilleurs
    Dont se repaît mon âme paysanne.



    Mohammed Zeïd
    Flormed


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