• Les mangeurs de pommes de terre



    Vincent Willem van Gogh (1853 - 1890)


    Sous les rayons blafards diffusés du plafond
    Par une lampe à chapeau, sans verre,
    Les braves paysans, tout fiers, se satisfont.
    De café noir et pommes de terre

    Le peintre, soucieux de nous faire saisir
    Que ces petites gens au teint ocre
    Aiment manger avec les doigts pour le plaisir,
    Fait fi de tout esprit médiocre !

    Leur joie est d'être ensemble à table en ce logis
    Étroit où le seul relent qui flâne
    Sous le vétuste toit est celui d'un mégis,
    Mais ils sont heureux dans leur cabane.

    Ils ont hersé, bêché, sarclé...Que de sueur
    Afin de rendre le sol arable !
    Se gaver de sa main, voilà le grand honneur,
    Même si l'habit est misérable !

    Dans le calme du soir, ils écoutent le chant
    Du vent, le hurlement d'une louve,
    L'aboi d'un chien, le cri d'un grillon se cachant
    Dans un pâtis tapissé de flouve...

    La vie est, disent-ils, une chaîne d'efforts
    Aux maillons ne demeurant solides
    Que si, du sol fécond, ils nourrissent leurs corps
    En gardant au ciel leurs fronts livides.



    Mohammed Zeïd
    Flormed


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  • La soupe du vieux faucheur



    Léon Lhermitte, peintre naturaliste français, (1844 -1925)


    Le vieux faucheur, bras nus, les cheveux au soleil,
    Assis, pieds allongés parmi des tas de canche,
    Un martel à la main, battait le fer sans manche
    Ayant coupé, sans nul répit, dès le réveil.

    À son dos, son fiston, chapeauté, se délasse
    Accoudé sur l'herbage offrant de la fraîcheur
    À son corps halbrené, suant tel un raucheur,
    Sous le ciel paraissant se couvrir de mélasse.

    La bru s'en vient avec un pot pendant au bout
    De sa droite, un gros sac en toile sur l'épaule.
    Le gars fixe des yeux la belle rousserolle
    Qui, sans sortir un mot, demeure là, debout.

    De la soupe et du pain font la maigre pitance
    À prendre goulûment avant de retourner
    Le foin, dur travail que l'on ne peut ajourner
    En cette contrée où l'herbe a son importance.

    Ô Léon, ton pinceau n'a presque rien omis
    Du vert gris se mêlant à l'ocre de la terre
    D'où l'ombre a disparu, condamnée à se taire
    Tels ces bons paysans aux fronts par l'air blêmis.



    Mohammed Zeïd
    Flormed


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  • Le petit colporteur endormi.



    Jules Bastien-Lepage, peintre de la Lorraine, (1848- 1884).

     ♦

    Las de fouler le sol, il ôte ses souliers ;
    À ses orteils meurtris, donnant une relâche,
    Et s'affaisse illico dès qu'il se déharnache
    Du faix qui crèverait tout un corps de rouliers.

    Il s'endort, dos au mur, son bâton sur le bide,
    Une jambe en levier et l'autre aplatissant,
    En quête de chaleur, son chien se délassant
    Comme lui, dégoûté de montrer sa peau vide.

    Le banc désert, témoin muet de leur torpeur,
    Fait fi de leurs yeux clos dont le sommeil écluse
    Les rus de larmes qui, fuyant le jour d'où fuse
    La blessante clarté, déferlent en leur cœur.

    Ô Jules, ton pinceau, peintre de la Lorraine
    Pourrait-il s'infiltrer dans l'esprit morfondu
    De cet enfant si beau que la vie a tondu  
    Ratissé jusqu'à l'os, noyé dans la déveine?



    Mohammed Zeïd
    Flormed


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  • Charles Baudelaire



    Gustave Courbet , peintre français (1819  - 1877)




    Seigneur, que lisiez-vous, dans ce bouquin poudreux ?
    L'humain, en l'univers, pensiez-vous, n'est que brume
    Qui se perd quand se meut le rideau ténébreux
    De la nuit sur les fleurs dont l'air froid se parfume.

    Horreur, était la vie à vos yeux semblant creux
    Face au spleen où quêtait l'extase votre plume
    Qui se vidait de ses ennuis en pleurs fiévreux
    S'écoulant tels des rus d'épaisse et sombre spume.

    Ô Courbet, ces objets : livres, table, encrier
    Sont à bénir, oui, mais que vaut un baudrier
    Sans la main d'un escrimeur à l'âme héroïque ?

    Ne fut-il pas un saint pour soi-même, un martyr
    De l'Art, sur un champ où nul ne put le cotir ?
    Ô douleur, connais-tu poète aussi stoïque ?

     


    Mohammed Zeïd
    Flormed


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  • Le jeune mendiant



    Bartolomé Esteban Murillo, peintre espagnol, ( 1617-1682)



    Il est là, seul, montrant ses pieds nus et terreux,
    Las de fouler le sol ingrat qui le vit naître.
    Mais voyez-le, dans ses haillons de miséreux
    Où fourmillent les poux que ses ongles lépreux
    Écrasent sans arrêt au jour qu'une fenêtre
    Projette vainement sous ses yeux ténébreux.

    Une pomme pourrie et des bouts de crevettes
    Pour sa mordante faim, l'eau trouble d'un cruchon
    Pour sa cuisante soif et vont ses nuits, muettes
    Tels des caveaux enclos par de tristes murettes.
    Ô pauvreté, son teint que tu rends pâlichon
    N'ôte rien aux reflets de ses fraîches pommettes.

    Son couffin, jamais plein, gît, près de lui, béant
    Sur l'âpreté des cœurs regorgeant d'inclémence.
    Nul n'allonge la main pour tirer du néant
    Ce marmiteux moutard qui, le cas échéant,
    Pourrait s'épanouir sous un ciel où Malchance
    Est bannie, où le bien est le seul choix séant.

    Ô Murillo, Séville, à la richesse agraire
    Reconnue, avait-elle, à son sort, délaissé
    Ce garçon démuni, tel un serin aptère,
    Sans nid, dépaysé, sur un mont funéraire,
    Espérant qu'un vent fou, d'un souffle cadencé,
    Advienne, un soir brumeux, son ramage soustraire ?



    Mohammed Zeïd
    Flormed


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