• Jean-Baptiste Corot
    peintre et graveur français
    (1796-1875)


    Le fils du roi de Thrace et de la muse au front
    Ceint de lauriers, Orphée, endeuillé par la perte
    D'Eurydice, voulut, des enfers, vous diront
    Les grecs,  la ramener, même de feux couverte.

    Il s'engouffra, lyre à la main et cœur vaillant.
    Indulgent fut Hadès. Il lui permit d'extraire
    Du schéol son aimée. Il sortit en graillant
    Un chant d'amour. Corot a bien su les portraire.

    On l'avait intimé de fuir sans adresser
    Nul regard à la femme obligée à le suivre.
    Les voilà près du Styx, dans un sous-bois fumeux !

    Dans cet étrange endroit peuplé d'êtres squameux,
    Il eut un désir fou de jeter un œil ivre
    Vers elle, il ne fallait l'oukase transgresser.



    Mohammed ZEÏD


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  • La laitière regardant sa vache.
    Peinture de Julien Dupré,
    peintre français, (1851 -1910.)



    Ô berceau de Dupré, terre de Picardie,
    Du ciel ocré descend la nuit qui vient couvrir
    Tes pâtis d'où revient la manante enhardie
    Portant à bras et joug le lait que le zéphyr
    Parfume et rafraîchit. La princesse champêtre
    Fixe d'un regard doux la vache en train de paître :
    «Ton pis, fort généreux, lui dit-elle, crois-moi,
    Vaut pour nous un trésor qui mettrait en émoi
    Plus d'une vicomtesse et plus d'une marquise.»
    Et d'un pas souverain, la belle au teint cuivré
    Va, son cou gracieux, au vent du soir, livré
    Une nymphe, une fée, à la peinture acquise

    Béni sois-tu, seigneur ; béni soit ton pinceau !
    Grâce à ton art, dut resplendir la vie agreste
    Aux yeux de l'univers car de chaque monceau
    De verdure jaillit la beauté de ton geste
    De génie adorant le grand air et la paix
    Dont tu savais signifier tous les aspects.
    Les picards, à ce jour, font valoir la noblesse
    De ton style élevé dicté par la simplesse
    De ce vaste jardin que tu sus embellir
    Par les saphirs brillants de ta riche palette
    Tel ce bijou humain sans madras ni voilette
    Qui pourrait, de vertu, tout un couvent remplir.




    Mohammed ZEÏD


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  • En gardant le troupeau.


    "Custodendo il gregge" Luigi Chialiva (1842-1914)





    Vivre dans la nature avec troupeau d'ovins
    C'est se gaver d'air frais, c'est s'emplir les pupilles
    De la beauté champêtre ouvrant monts et ravins
    Et prés bordés de bois peuplés d'oiseaux sylvains
    Offrant leur symphonie et leur concert de trilles.

    Là, se vit, pleinement, la paix, de l'aube au soir
    Sur la rive limpide où s'amuse l'agnelle
    Qui se plait à tremper, dans le brillant miroir
    De l'onde, ses sabots ; naturel abreuvoir
    Où coule allégrement une eau claire, éternelle.

    Là, le pâtre avenant subjugue la bergère
    En jouant du pipeau. Mieux que les mots, les sons
    Semblent hypnotiser la fille qu'il espère
    Séduire. Elle, gardant sa vertu de rosière,
    Le regard bas, sent que son cœur a des frissons.

    Le chien, stupéfié, paraît épris des notes    
    De son maître. En levant vers le ciel son museau,
    Il ouvre, intéressé, ses oreilles dévotes.
    Le vent dans les feuillus et le chant des linottes
    Accommodent leur chœur aux soupirs du roseau.  

    Ah! si j'avais ton don, j'aurais dépeint des toiles
    Dont s'émerveille l'œil et se repaît l'esprit !
    Ô Luigi, d'où sors-tu ces nymphettes sans voiles
    Suivant les biens laineux parsemés en étoiles
    Dans les pâtis en fleurs où l'amour n'est proscrit ?



    Mohammed ZEÏD


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  • Femme versant à boire .

    Femme versant a boire .

    Peinture de Julien Dupré  (1851 - 1910)
     

     

    Femme versant à boire .


    La fourche et le râteau, la faux sous le soleil
    Arrosant de son feu le champ jonché de meules,
    Flots de sueur et soif, dos meurtri, jambes veules,
    Bras noués, gros chapeau couvrant le front vermeil.

    Il s'assoit, sur un tas, et tend une timbale
    Que sa femme remplit en vidant son cruchon.
    Docile des sabots à la tête en fanchon,
    Elle sert, avec l'eau, l'amour qu'elle trimballe.

    Les labeurs de la vie ont en ces lieux ruraux
    Leur boulet mais aussi la bonne récompense:
    Cueillettes et moissons, et surtout l'existence
    Loin des tracas des tours aux cages à barreaux.

    Ô Dupré, ce moment que ta savante brosse
    Avait, tel quel, rendu témoigne du grand art
    Dont tu devais hisser le brillant étendard
    De la peinture qui, de toi, fit un colosse.

    Les braves paysans que tu faisais bouger,
    Par tes coups de pinceau, revivaient sur tes toiles,
    Pleins de force, d'espoir, croyant en leurs étoiles,
    Tous au travail,soit-on grand fermier ou méger.

    Cet agreste univers, par sa poule et sa vache,
    Fut la source limpide où ton attachement
    Au Beau trouvait le grain, le foin, l'air fraîchement
    Parfumé de pain chaud, de senteur de goulache.

    Je te rends, par ces vers, en toute humilité,
    Cet hommage éclatant que ma flûte champêtre
    Au chant de rossignol hérité d'un ancêtre
    Confie au doux zéphyr par un matin d'été.


    Femme versant a boire .


     Mohammed ZEÏD
      
     




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  •  
    La liseuse

     

    Peinture de J-H. N. Fragonard (1732 -1806 )  reproduite par Claudie
      

    La liseuse

     
    Tout près de la fenêtre instillant la lumière
    Dans son réduit silencieux d'ombre ouaté,
    Elle suit du regard les mots ayant flatté
    Son âme que l'écrit, tel un psaume, sidère.

    Le bel éclat du jour que le jaune citron
    De sa robe reflète en douce nitescence
    Sur son front innocent confère à sa jouvence
    Un attrait de sylphide en chemise à plastron.

    Les flambantes couleurs et la fine dentelle,
    Les rubans violets, le mignon chignon haut,
    Vous diraient, d'une voix de sagace héraut,
    Que la fille inconnue allait être immortelle.

    L'illustre peintre a su, par ses jeux de pinceaux,
    Conter l'envoûtement qu'exerce la lecture
    Sur le cœur qui jouit, sur l'esprit qui pâture
    Dans le pré du recueil déployant ses ruisseaux

    Claudie, en imitant Fragonard à la brosse
    Magique, tu ressors son art très raffiné.
    Ce portrait que ta main d'esthète a câliné
    Est rené car, pour toi, peindre est un sacerdoce.

    Toi qui prônes le beau, veuille accepter ces vers
    Qui, je l'avoue, ont une apparence sans grâce.
    Le verbe et le motif : fantaisie où s'enlace
    L'envers peu reluisant au lumineux avers.


    Mohammed ZEÏD

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