Te souviens-tu de nos belles soirées
Dans notre douar aux tentes moirées ?
On était deux oblats fous du plaisir,
Sacrifiant, sans rechigner, nos âmes
Sur son autel décrépitant aux flammes.
La vie était toujours prête à rosir.
Notre horizon s'irisait de lumières
Et souriait à nos amours premières.
Le jour était, pour nos cœurs, un loisir.
La nuit nous dédiait ses voix berceuses
En répandant ses brillances joyeuses.
La vie était toujours prête à rosir.
Le chaud soleil bénissait nos errances.
Le bel oiseau, louant nos espérances,
Entre ses chants, nous priait de choisir ;
Et nous lui répondions par nos antiennes,
Et nous dansions à perdre nos haleines
La vie était toujours prête à rosir.
Ton air faisait se prosterner les branches
A tes pieds de dryade aux sveltes hanches
Lorsque ta main se tendait pour saisir
Un bourgeon, une fleur, une feuillette,
Pour se livrer, en joie, à la cueillette.
La vie était toujours prête à rosir.
Je me voyais grand émir des aèdes
Et mes vers de ghazal, dans les pinèdes
Des alentours, emplissaient de désir
Les beaux tendrons épars dans la nature
Étalant partout leur fraîche texture.
La vie était toujours prête à rosir.
Étant proie au chagrin, la solitude
En son trou me noyant, je me dénude.
Ton ombre est là, je sens mes nerfs transir.
Ô toi qui dus fondre si tôt sous stèle,
Vois-tu mon ciel qui, de pleurs, se constelle ?
La vie était toujours prête à rosir.
Mohammed Zeïd
Flormed