La fenaison
Julien Dupré
peintre français (1851 - 1910)
Il va falloir faucher le foin, le mettre en meules.
La fourche, le rateau, la brouette, les bras,
La sueur, les ahans sous l'azur au teint gras :
Un labeur qui proscrit les pleutres et les veules
Dont les efforts, aux prés, aux pâtis sont ingrats.
Voir ces gens besogneux, les manches retroussées,
S'activer sans répit, nous oblige à bénir
Leurs cœurs déterminés : L'homme, tel un menhir
Défiant tous les vents, réagit aux poussées
De la sève qui bout dans ses nerfs sans finir.
La femme, jouissant d'une ample robustesse
D'admirable roustaude, a des gestes rythmés.
On la voit, sans foulard, gardant les doigts fermés
Sur le gros manche en bois. Honte à toi, vicomtesse !
Toi que la flemme tue en des airs périmés..
Descends de cette tour aux puanteurs macabres !
Va te chauffer les os et voir les paysans
Respirer les senteurs des foins, leurs fronts luisants
Au soleil de mi-juin tels de beaux candélabres
Exposant aux regards leurs reflets séduisants.
Maître Dupré, ces mots, éclos à la lumière
De ton pinceau célèbre, auront-ils ta faveur ?
Grâce ! daigne accepter d'un déférent rêveur
Ces vers incohérents jaillis sous sa chaumière
Lors d'un soir où, souvent, délire le trouveur.
Mohammed ZEÏD
Flormed