Ecoutez bien mes mots, disait un sage :
L'oiseau ne chante pas s'il est en cage,
Il gémit mais, ignorant son langage,
On croit mélodieux son faux ramage.
Il pleure sa liberté.
Un rossignol, loin de son paysage,
Perd la flûte qu'il a dans un bocage,
Près d'un ru vert murmurant à l'ombrage
Pour le plaisir du promeneur volage
Amoureux de liberté.
C'est au sommet d'un mont au bel alpage
Qu'il se plait à chanter, sans découpage.
Le philomèle est gai près d'un rivage
Où le zéphir surmonte tout barrage
Au nom de la liberté.
O bel oiseau, craignant plus que l'orage
Le filet du chasseur, sur cette page,
Je dis que je te plains car ton image
N'a plus d'attrait ; tu vis tout seul ta rage ;
Dépourvu de liberté.
Dans la geôle où se déteint son plumage,
Loin des feuillus au bel état sauvage
De ton milieu, tu n'es que vain mirage
Abreuvant de tes pleurs de pauvre otage
Les tueurs de Liberté. 