Femme versant à boire .
Peinture de Julien Dupré (1851 - 1910)

La fourche et le râteau, la faux sous le soleil
Arrosant de son feu le champ jonché de meules,
Flots de sueur et soif, dos meurtri, jambes veules,
Bras noués, gros chapeau couvrant le front vermeil.
Il s'assoit, sur un tas, et tend une timbale
Que sa femme remplit en vidant son cruchon.
Docile des sabots à la tête en fanchon,
Elle sert, avec l'eau, l'amour qu'elle trimballe.
Les labeurs de la vie ont en ces lieux ruraux
Leur boulet mais aussi la bonne récompense:
Cueillettes et moissons, et surtout l'existence
Loin des tracas des tours aux cages à barreaux.
Ô Dupré, ce moment que ta savante brosse
Avait, tel quel, rendu témoigne du grand art
Dont tu devais hisser le brillant étendard
De la peinture qui, de toi, fit un colosse.
Les braves paysans que tu faisais bouger,
Par tes coups de pinceau, revivaient sur tes toiles,
Pleins de force, d'espoir, croyant en leurs étoiles,
Tous au travail,soit-on grand fermier ou méger.
Cet agreste univers, par sa poule et sa vache,
Fut la source limpide où ton attachement
Au Beau trouvait le grain, le foin, l'air fraîchement
Parfumé de pain chaud, de senteur de goulache.
Je te rends, par ces vers, en toute humilité,
Cet hommage éclatant que ma flûte champêtre
Au chant de rossignol hérité d'un ancêtre
Confie au doux zéphyr par un matin d'été.
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Mohammed ZEÏD