• En gardant le troupeau.


    "Custodendo il gregge" Luigi Chialiva (1842-1914)





    Vivre dans la nature avec troupeau d'ovins
    C'est se gaver d'air frais, c'est s'emplir les pupilles
    De la beauté champêtre ouvrant monts et ravins
    Et prés bordés de bois peuplés d'oiseaux sylvains
    Offrant leur symphonie et leur concert de trilles.

    Là, se vit, pleinement, la paix, de l'aube au soir
    Sur la rive limpide où s'amuse l'agnelle
    Qui se plait à tremper, dans le brillant miroir
    De l'onde, ses sabots ; naturel abreuvoir
    Où coule allégrement une eau claire, éternelle.

    Là, le pâtre avenant subjugue la bergère
    En jouant du pipeau. Mieux que les mots, les sons
    Semblent hypnotiser la fille qu'il espère
    Séduire. Elle, gardant sa vertu de rosière,
    Le regard bas, sent que son cœur a des frissons.

    Le chien, stupéfié, paraît épris des notes    
    De son maître. En levant vers le ciel son museau,
    Il ouvre, intéressé, ses oreilles dévotes.
    Le vent dans les feuillus et le chant des linottes
    Accommodent leur chœur aux soupirs du roseau.  

    Ah! si j'avais ton don, j'aurais dépeint des toiles
    Dont s'émerveille l'œil et se repaît l'esprit !
    Ô Luigi, d'où sors-tu ces nymphettes sans voiles
    Suivant les biens laineux parsemés en étoiles
    Dans les pâtis en fleurs où l'amour n'est proscrit ?



    Mohammed ZEÏD


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  • Monde à deux faces

    Quels souvenirs gardera cet enfant
    Mal nourri, mal vêtu, qui voit sa ville
    Se défoncer sous les obus truffant
    De sang ses murs épars? Chef imbécile
    Qui se plait tellement à voir ses chars
    Vomir la mort pendant que, lui, d'achars
    Il s'emplit le bedon, crie et jubile.

    Ailleurs, la joie! on attend le traîneau,
    Sapin brillant près de la cheminée,
    Mets succulents et bon vin en tonneau,
    Puis la bombance est gaîment terminée
    Par un air ambrosien qui fait frémir
    De volupté les yeux prêts à dormir
    Dans un lit rose à lueur satinée.

    Et les menteurs, tassés dans les fauteuils
    Dorés, perlés, fardent leurs verbiages
    De paix, de droits, n'ayant cure des deuils
    Que répandent les tanks dans leurs sillages.
    Existe-t-il un mot pour désigner
    Ces fous pourris que l'on voit se baigner
    Dans les mers d'or, récoltes des pillages.

    Ô pauvre Fahd que l'on fait trépigner
    Dans la gadoue, un jour, leurs attelages
    Maudits, devront, sans nul coin épargner,
    Démolir leurs cités tels mille orages.

     

    Mohammed ZEÏD

    Le sirvente, voir fiche sur POÉSIS


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  • Pitié, je crève !

    Les larmes sur ta joue ont l'air d'une rosée
    Que le matin fait luire et rouler sur les blancs
    Pétales d'une fleur que la brise a baisée
    En parcourant, du mont, les majestueux flancs.
    Te voir pleurer me fait souffir. Mon cœur qui rêve
    De t'enrober de joie, endurerait d'un glaive
    Mille coups mais ne peut supporter que soulève
    Ton sein quelque soupir par un chagrin jeté
    Sur ta vie à son aube. Ô ma douce sylphide,
    N'abîme pas tes yeux car ton regard splendide
    Éclaire mon chemin qui deviendrait aride
    Et  ma lyre mourrait pour fuir sa pauvreté.

    N'avions-nous pas juré de vivre la folie
    De l'âge des amours jusqu'au dernier instant
    Ici-bas ? Tu ne peux l'oublier, ma jolie!
    La forêt, la montagne et le vent répétant
    Nos chants ont souvenir de nos belles soirées ;
    La lune caressait tes étoffes moirées
    De ses rayons laiteux ; les étoiles parées
    De brillants se miraient dans tes iris joyeux.
    Revois ce beau passé dans le bois aux délices
    Où nous avions bâti le nid où les caprices
    Que je faisais t'ouvraient le ciel des cantatrices
    Fredonnant gaiement un air mélodieux.

    Ta bajoue, ô Faty, tes pleurs l'ont arrosée
    Beaucoup plus qu'il n'en faut  de leurs filets brûlants
    Je t'en supplie, assez! L'affre que m'a causée
    Ton chagrin est un vent aux souffles désolants
    Qui s'en prend à mon cœur, grille toute sa sève
    Tes sanglots m'ont talé ; pitié, je crève !

    Mohammed ZEÏD

     

     

    Rendez-vous à POÉSIS pour y découvrir une fiche explicative sur la balladette.

     

     


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  • Femme versant à boire .

    Femme versant a boire .

    Peinture de Julien Dupré  (1851 - 1910)
     

     

    Femme versant à boire .


    La fourche et le râteau, la faux sous le soleil
    Arrosant de son feu le champ jonché de meules,
    Flots de sueur et soif, dos meurtri, jambes veules,
    Bras noués, gros chapeau couvrant le front vermeil.

    Il s'assoit, sur un tas, et tend une timbale
    Que sa femme remplit en vidant son cruchon.
    Docile des sabots à la tête en fanchon,
    Elle sert, avec l'eau, l'amour qu'elle trimballe.

    Les labeurs de la vie ont en ces lieux ruraux
    Leur boulet mais aussi la bonne récompense:
    Cueillettes et moissons, et surtout l'existence
    Loin des tracas des tours aux cages à barreaux.

    Ô Dupré, ce moment que ta savante brosse
    Avait, tel quel, rendu témoigne du grand art
    Dont tu devais hisser le brillant étendard
    De la peinture qui, de toi, fit un colosse.

    Les braves paysans que tu faisais bouger,
    Par tes coups de pinceau, revivaient sur tes toiles,
    Pleins de force, d'espoir, croyant en leurs étoiles,
    Tous au travail,soit-on grand fermier ou méger.

    Cet agreste univers, par sa poule et sa vache,
    Fut la source limpide où ton attachement
    Au Beau trouvait le grain, le foin, l'air fraîchement
    Parfumé de pain chaud, de senteur de goulache.

    Je te rends, par ces vers, en toute humilité,
    Cet hommage éclatant que ma flûte champêtre
    Au chant de rossignol hérité d'un ancêtre
    Confie au doux zéphyr par un matin d'été.


    Femme versant a boire .


     Mohammed ZEÏD
      
     




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  •  

    Toi mon nid !

    Ô mon nid, ta douceur par le ciel éclairée
    Voulut que soit ma vie un charme pénétrant
    Aussi dus-je t'aimer. Mon âme libérée,
    En ton sein, ne connut de cauchemar frustrant.

    Seulement quatre murs tout empreints de tendresse,
    Et le courant des jours tel un ru de bonheur
    Fit couler tant de bleu sur le fil de l'ivresse
    Qu'une rose sourit au soleil butineur.

    Ô mon logis, ton nom, même si je te quitte,
    Restera, bien scellé dans les tréfonds du cœur.
    Je te verrai partout, horizon sans limite,
    Tel un reflet tracé par un subtil croqueur ;

    Si notre ami le vent berce les amours mortes,
    Il sait aussi souffler les vieux airs d'autrefois,
    Il les met en chanson, les glisse sous les portes
    Connaissant les secrets des nouveaux villageois !

    Ni le jour, ni la nuit, ni le cours des années
    N'auront d'effet nocif sur ton éclat charmant
    Qui sera mon complice au temps des fleurs fanées
    Et lors des amples soirs du grésil endormant.

    Le printemps bénira nos heures vagabondes
    Et je me souviendrai de chaque cri d'oiseau
    Que la vieille pendule à toutes les secondes
    S'amusait à calquer de ses doigts en fuseau.

    Le bel été fera scintiller tes verrières
    Et tu prendras l'aspect d'un beau château royal
    Que berceront les chants des nymphes des lisières
    Sous un ciel étoilé, la lune ouvrant le bal.

    Quand le noir fermera les cils de cette histoire,
    Nous confierons les clefs de notre portillon
    À celui qui, sans bruit, regagnant l'écritoire
    Aura su réveiller ballade et carillon !

    Toi mon nid !

     


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